Parlons vrai : oui, on peut poser une plaque de placo à l’envers. Mais… est-ce qu’on devrait ? Là, c’est une autre histoire. Et elle mérite d’être racontée avec les mains pleines de poussière, les genoux à terre et les yeux plissés sous la lampe de chantier.
Plaque de placo : recto ou verso, ça change quoi ?
À première vue, c’est juste une grande plaque grise. On pourrait se dire que recto, verso, peu importe. Sauf que non. Le placo, c’est un peu comme un gâteau mille-feuilles : y’a une couche qui se montre, et l’autre qui se planque.
Le bon côté, c’est celui où il y a l’estampille du fabricant. Une face plus lisse, prête à accueillir la peinture, le papier peint, ou ce que vous voulez coller dessus. L’autre côté ? Il est un peu plus rugueux, un peu plus sec dans son apparence. Il sert à être plaqué contre l’ossature, vissé, caché. Pas fait pour faire joli.
Alors oui, techniquement, on peut visser une plaque à l’envers. Elle tiendra. Le mur ne va pas s’effondrer. Mais ce n’est pas la question. Le souci, c’est ce qu’il va se passer après.
Les problèmes qui débarquent en douce
Quand on retourne une plaque, on inverse sa logique de fabrication. Et là, les petites galères commencent à gratter sous la surface.
- Le jointoyeur va vous détester. Le côté inversé accroche mal, les bandes tiennent moins bien. Bonjour les fissures.
- Le peintre va pleurer en silence. Le grain est irrégulier, la peinture absorbe de travers. Le rendu final ? Un mur qui a l’air fatigué avant même d’être né.
- Et puis, il y a les normes, les DTU, tout ce joyeux monde réglementaire. Si un jour un expert doit passer… ça pourrait coincer.
C’est comme poser un parquet flottant à l’envers. Ça tient, mais c’est un peu un doigt d’honneur à l’artisanat.
Pourquoi certains le font quand même ?
Souvent ? Par flemme. Ou par oubli. Ou par erreur.
Sur un chantier pressé, on prend une plaque, on la lève, on vise, on visse. Et puis seulement après, on se rend compte qu’on est du mauvais côté. Certains diront : « Bof, tant pis, ça ira. » Et dans certains cas, oui, ça passe.
Mais ça laisse toujours une sorte de malaise silencieux, comme une étagère un peu bancale qu’on n’ose pas toucher. Un détail qui cloche. Une dissonance dans la pièce.
Le bon geste, celui qu’on n’apprend pas toujours
Ce qu’on ne dit pas assez, c’est que poser du placo, c’est presque de la chorégraphie. Il faut anticiper le mouvement, voir la face, vérifier la lumière, imaginer les finitions. C’est pas juste « mettre des vis dans une plaque ». C’est du soin. De la précision. Une question de regard.
Le bon réflexe ? Toujours repérer les marquages en bleu ou en vert (selon le type de placo). Ils doivent être visibles pendant la pose, puis cachés ensuite. C’est tout bête. Mais ça évite bien des maux.
Et si c’est déjà posé à l’envers ? Pas la peine de paniquer. Mais il va falloir préparer la surface avec amour : ponçage, sous-couche adaptée, enduits en douceur. On répare ce qu’on peut. On compense.

En bref : poser à l’envers, c’est comme jouer à pile ou face
Parfois, ça passe. Parfois, ça se voit. Et parfois, ça se paye plus tard. Alors tant qu’à faire, autant poser dans le bon sens. Pas pour suivre la règle. Mais pour se faciliter la vie au moment des finitions.
Parce qu’un mur, c’est un peu comme une promesse. Il faut pouvoir s’y appuyer les yeux fermés. Sans se dire un jour, en le regardant de travers : « Tiens, il a quelque chose de bizarre, non ? »
Et franchement… quand on y pense, ça vaut bien quelques secondes d’attention au moment de lever la plaque.
🪶 Signé Rose Lama, rédactrice pour La Cavalcade. Formée à l’architecture et spécialisée dans les sujets liés à l’habitat, elle écrit depuis les chantiers, les ateliers, les maisons habitées. Chaque article naît d’un regard posé sur le réel — celui de l’Atelier Clarté, entre Paris et Houdan. En savoir plus sur Rose Lama.

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