Il y a ce moment précis. Ce silence. Vous reculez de trois pas, bras croisés, front plissé. Vous regardez ce mur que vous venez de monter. Ou que vous venez de découvrir. Et là… quelque chose cloche. Pas besoin de niveau. Ça se voit à l’œil nu. Il penche. Comme un marin bourré au retour d’un port. Le mur n’est pas droit.
Et alors ? On casse tout ? On pleure ? On vend la maison ? Non. On respire. On regarde la bête dans les yeux. Et on agit.
D’abord : est-ce vraiment si grave ?
Spoiler : parfois, non. Certains murs ne sont pas parfaitement droits mais tiennent bon. Depuis 1954. On en connaît. Dans les vieilles bâtisses, c’est même un charme. Une patine du temps. Comme les meubles bancals qu’on ne veut pas redresser parce qu’ils racontent quelque chose.
Mais si vous êtes en train de rénover, de poser une cuisine, de carreler ou d’installer un dressing millimétré, ce petit défaut devient un gros tracas. Tout ce que vous voulez, c’est un mur lisse, droit, solide. Pas un truc qui vous fait douter de la gravité.
Pourquoi il n’est pas droit ce satané mur ?
Parce que c’est un coquin. Ou plutôt parce que :
- le plâtre a été posé à la va-vite
- le mur est ancien, donc il a bougé
- la maçonnerie a été faite en mode « au feeling »
- les matériaux ont travaillé (et pas toujours dans le bon sens)
- ou tout simplement parce que la maison n’est pas parfaitement d’équerre
On veut du carré dans un monde un peu tordu. C’est humain. Mais quand on bricole, ça fait mal.
Premier réflexe : sortir le niveau
Un vrai. Un bon. Pas l’appli sur le téléphone. Le niveau à bulle. Celui qui vous dit la vérité, même si elle pique.
Posez-le à plusieurs endroits du mur. Horizontalement, verticalement, en diagonale si vous avez des doutes métaphysiques. L’idée, c’est de mesurer le degré du crime. Un millimètre ? Dix ? Trois centimètres sur deux mètres ? Là, on commence à grimacer. C’est plus du charme rustique, c’est une injustice.
On adapte… ou on rectifie ?
Voilà la vraie question. Est-ce qu’on peut vivre avec ? Ou faut-il reprendre ?
Si vous posez du papier peint à motif géométrique… Mauvaise idée. Ça va se voir. Si vous accrochez un miroir rond, une étagère flottante, un cadre, un meuble encastré… Le mur va trahir. Et ça va vous hanter.
Dans ces cas-là, il faut redresser. Ou du moins rattraper l’illusion du droit.
Option 1 : le dégrossissage au plâtre
C’est l’option artisanale. Celle qu’on faisait avant les plaques. Avec une règle de maçon, du plâtre, et une bonne dose de patience, on ré-enduit le mur à la main. On suit le fil à plomb. On joue du taloche. On vérifie toutes les deux minutes que ça part dans le bon sens.
C’est long. C’est physique. Mais c’est propre. Et c’est solide.
Option 2 : les plaques de plâtre (placo)
Le roi des murs droits. Le placo, c’est un peu le Photoshop du bâtiment. On cache la misère. On plaque par-dessus. Ni vu ni connu. Et tout est droit.
Deux techniques : collé (MAP) ou sur rails métalliques (ossature). Coller, c’est plus rapide. Mais faut que le mur ne soit pas trop tordu. Sur ossature, c’est plus flexible. On rattrape jusqu’à 10 cm de faux aplomb sans sourciller.
Petit bémol : on perd quelques centimètres de pièce. Et on ne pourra pas accrocher n’importe quoi n’importe où. Mais franchement, si c’est pour dormir la conscience tranquille…
Option 3 : les tasseaux + contreplaqué
Alternative maligne. Moins connue. Mais hyper pratique. On fixe des tasseaux en bois (verticaux, bien d’aplomb), puis on vient visser du contreplaqué ou du medium. C’est droit, solide, rapide à percer. Et on garde un rendu plus chaleureux qu’avec le placo.
C’est aussi une super base pour faire une bibliothèque sur mesure, un mur avec niches, ou poser un bardage bois.
Option 4 : on joue avec
Parfois, on se détend. On ne cherche pas à corriger. On travaille avec le défaut. On le transforme en atout. On peint en deux teintes pour casser l’œil. On met un miroir asymétrique. On joue les artistes.
Oui, on peut poser une bibliothèque qui épouse le mur, même s’il penche. On peut faire un encadrement irrégulier qui devient presque… volontaire.
Le monde du design adore ça. Les murs tordus de Berlin, les volumes imparfaits de Tokyo. Pourquoi pas chez vous ?
Et si c’est porteur ?
Ah, ça. Si c’est un mur porteur, on ne touche pas à la structure. On oublie l’idée de casser. De raboter. De gratter à coups de burin.
Là, c’est la surcouche qui sauve. Placo, bois, enduit, ou même isolation intérieure mince si on veut profiter pour améliorer l’acoustique ou la thermique. Mais on ne joue pas aux apprentis démolisseurs avec un mur qui tient la maison.
En cas de mur neuf, mal fait…
Alors là, c’est un autre film. Parce que si c’est un chantier récent, avec des pros, et que le mur est manifestement pas droit, il y a une chose à faire : parler. Et vite.
On appelle le chef de chantier. On montre. On documente. On fait constater. Et on ne signe rien tant que ce n’est pas repris.
Parce qu’un mur neuf bancal, ce n’est pas normal. Et ce n’est pas à vous de le corriger. Ni de le payer. À moins de vouloir collectionner les murs en biais pour le plaisir, évidemment.
Petits conseils avant de se lancer
- Toujours vérifier les aplombs avant de poser quoi que ce soit
- Prendre le temps de repérer les points hauts et les creux
- Si on veut coller quelque chose, préparer la surface (décaper, poncer, dépoussiérer)
- Ne pas se précipiter. Mieux vaut prendre 2 jours et faire bien que 3 heures à regretter
Et LA CAVALCADE dans tout ça ?
Parce qu’ici, on n’est pas là juste pour plaquer des plaques. On aime les volumes francs, les matières qui vivent, les intérieurs qui racontent une histoire. Un mur qui penche ? Ce n’est pas une erreur. C’est un point de départ.
Chez LA CAVALCADE, on accompagne ce genre de choix. On adore les murs qui ont du vécu, mais on sait aussi les sublimer sans les trahir. On ne corrige pas à tout prix. On compose avec l’espace. On le rend juste… plus à lui-même.
Alors oui, votre mur n’est pas droit. Mais peut-être que ce n’est pas lui le problème. Peut-être que c’est juste une invitation à repenser l’endroit. À oser une étagère décalée. À créer un relief inattendu. À assumer une courbe douce dans un monde qui aime trop les lignes droites.
Parce qu’en vrai, le charme, c’est ça : ce qui dépasse. Ce qui résiste. Ce qui refuse de rentrer dans la case.
Et si ce mur pas droit… c’était finalement votre plus belle trouvaille ?
🪶 Signé Rose Lama, rédactrice pour La Cavalcade. Formée à l’architecture et spécialisée dans les sujets liés à l’habitat, elle écrit depuis les chantiers, les ateliers, les maisons habitées. Chaque article naît d’un regard posé sur le réel — celui de l’Atelier Clarté, entre Paris et Houdan. En savoir plus sur Rose Lama.

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