Un placo pas comme les autres
D’abord, pourquoi “hydrofuge” ? C’est juste un mot un peu sérieux pour dire “qui résiste à l’eau”. Mais attention, on ne parle pas d’un mur étanche façon sous-marin. Non. Ce qu’il fait, ce placo, c’est ralentir l’infiltration de l’humidité, éviter que le plâtre ne se gorge d’eau comme une éponge malchanceuse.
Et ça, c’est déjà pas mal.
Le placo hydrofuge, on le reconnaît facilement : il est vert. Oui, vert. Pas pour faire joli, mais pour qu’on ne le confonde pas avec son cousin standard, le placo blanc. Une couleur qui dit “attention, je suis spécial”, un peu comme les gilets fluo sur les chantiers.
Mais à quoi ça sert, dans la vraie vie ?
Alors là, imaginez une salle de bains. De la vapeur, de l’eau qui dégouline sur les murs, des joints qui fatiguent… Un enfer pour un mur classique. Le placo standard, dans ces conditions-là, il capitule. Il gonfle, se déforme, se fissure… Il fait un peu sa diva, soyons honnêtes.
Le placo hydrofuge, lui, reste stoïque. Il résiste, tant bien que mal. Pas éternellement, hein, mais suffisamment pour assurer l’essentiel.
On l’utilise donc :
- dans les salles de bains
- dans les cuisines mal ventilées
- autour des douches, baignoires, éviers
- dans les pièces techniques (celliers, buanderies…)
Un vrai mur de soutien, même s’il ne paie pas de mine.
Qu’est-ce qu’il a de plus, concrètement ?
Techniquement, c’est un plâtre dopé. Une sorte de mélange renforcé avec des additifs hydrophobes. Pas de magie ici, juste un peu de chimie. Le cœur du placo est toujours fait de plâtre, mais il est traité pour moins absorber l’eau.
En clair ? L’eau perle un peu à la surface, au lieu de s’y incruster comme dans du pain rassis.
Mais attention : ça ne veut pas dire qu’on peut le plonger dans une piscine et espérer qu’il reste droit. Ce n’est pas du carrelage, ni un matériau étanche. C’est juste… un mur qui se défend un peu mieux sous la douche, voilà tout.
Et côté texture, couleur, odeur ?
Ah ça, c’est amusant. Le placo hydrofuge sent un peu plus “chimique” que le placo normal, surtout à la découpe. Une odeur discrète, presque plastifiée, quand on approche le nez. Bon, on ne le conseille pas en encens d’ambiance, hein. Mais c’est là.
Au toucher ? C’est plus ou moins pareil que les autres plaques. Peut-être un poil plus dense, un peu plus lourd parfois. Et visuellement, ce vert mat, un peu sale, un peu poussiéreux, qui dit tout de suite : “Je suis là pour encaisser, pas pour décorer.”
Tiens, petite anecdote de chantier
Il paraît qu’un jour, un apprenti, un peu trop motivé, a monté tout son salon en placo hydrofuge, pensant que c’était “plus solide”. Résultat ? Un chantier plus cher, plus lourd, moins pratique… et totalement inutile. C’est comme mettre des bottes de pluie pour marcher sur un tapis : ça marche, mais ça n’a aucun sens.
Moralité ? Le placo hydrofuge, c’est utile, mais ciblé. Inutile de le poser dans le salon, à moins que vous preniez vos douches entre le canapé et la télé.
Est-ce qu’il faut des précautions ?
Oui, quelques-unes.
- Bien le visser : il est souvent un peu plus dur que le placo classique. La visseuse doit être bien réglée.
- Utiliser des bandes et enduits adaptés : sinon, c’est comme porter un imperméable avec des chaussettes en papier.
- Ne pas le confondre avec un produit miracle : il résiste à l’eau, mais il ne remplace pas une bonne ventilation.
Et un truc qu’on oublie souvent : il faut le laisser respirer après la pose. Pas l’enfermer tout de suite derrière une peinture trop étanche. Sinon ? Il fait la gueule, et ça se voit.
Ça coûte plus cher ?
Un peu, oui. En moyenne, le placo hydrofuge coûte 20 à 30 % plus cher que son cousin standard. Mais franchement ? Vu les dégâts qu’on évite dans une pièce humide… ça se justifie.
Et puis, poser du placo classique dans une salle de bains pour “économiser” et devoir tout refaire un an plus tard, c’est un sketch qu’on connaît déjà. Il finit rarement bien.
Placo hydrofuge ou panneau marine ?
Ah, bonne question. Le panneau marine, c’est du bois spécial, souvent utilisé dans les bateaux, d’où son nom. Lui aussi résiste à l’eau, mais ce n’est pas le même usage.
Le placo hydrofuge, lui, est fait pour les murs intérieurs, faciles à poser, peu coûteux, et compatibles avec tous les systèmes de finition classiques (carrelage, peinture, etc).
Bref, si vous ne comptez pas faire voguer votre salle de bains sur la Seine, restez sur le placo. C’est plus simple.
Peut-on carrelage dessus ?
Oui ! Et même très bien.
En fait, c’est souvent le combo parfait : placo hydrofuge en support, carrelage en finition. C’est stable, durable, et ça tient dans le temps… à condition de faire les choses correctement (colle adaptée, joints bien réalisés, etc.).
Et quand il vieillit ?
Avec le temps, le placo hydrofuge reste stable, à condition de ne pas avoir été exposé à de l’eau stagnante en continu. S’il commence à cloquer, à gonfler ou à sentir mauvais (eh oui), c’est que quelque chose cloche. Un dégât des eaux mal réparé, une fuite sournoise, une mauvaise pose.
Mais dans l’ensemble ? Il vieillit bien. Il reste droit, discret, et fidèle. Un peu comme un vieux manteau de pluie qu’on ressort à chaque automne.
Le placo hydrofuge, ce n’est pas juste “une plaque verte qui résiste à l’eau”.
C’est une solution maligne, discrète, mais franchement rassurante. Le genre de truc qu’on ne remarque jamais… jusqu’au jour où il sauve les meubles. Littéralement.
Il n’est pas là pour briller. Pas là pour décorer. Juste pour assurer. Un peu comme ces gens qui tiennent les coulisses sans jamais monter sur scène. Et franchement, dans une salle de bains, ça vaut de l’or.
🪶 Signé Rose Lama, rédactrice pour La Cavalcade. Formée à l’architecture et spécialisée dans les sujets liés à l’habitat, elle écrit depuis les chantiers, les ateliers, les maisons habitées. Chaque article naît d’un regard posé sur le réel — celui de l’Atelier Clarté, entre Paris et Houdan. En savoir plus sur Rose Lama.

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