On l’appelle plaquiste.
Pas de mystère là-dessus.
Mais derrière ce mot un peu sec, un peu technique, se cache un métier étonnamment créatif. Et physique aussi, oui. Très. Pas pour les poignets en mousse.
Le plaquiste, c’est qui, au juste ?
C’est celui qui pose le placo.
Dit comme ça, on imagine un gars qui visse des plaques. Point. Mais en réalité, il fait bien plus que ça. Il dessine des volumes, crée des espaces là où il n’y avait que du vide. C’est un sculpteur de murs, si vous voulez.
Un poète du niveau à bulle.
Tiens, visualisez un salon sans âme. Des briques nues. Des tuyaux qui sortent du sol comme des jambes de poulpe. Le plaquiste arrive, pose une cloison ici, un faux plafond là, encastre une trappe, camoufle les fils…
Et paf, on sent déjà la peinture neuve arriver.
Pourquoi ce nom, d’ailleurs ?
“Plaquiste” vient de “plaques de plâtre”, évidemment. Ce qu’on appelle aussi placo (pour “Placoplatre”, une marque devenue nom commun, un peu comme Frigidaire ou Scotch).
Le mot claque un peu, on ne va pas se mentir.
Mais il reste discret, comme ceux qui le portent.
Et puis, soyons francs, ça sonne mieux que “poseur de plaques”… non ? Un peu plus classe sur la carte de visite.
Ce qu’il fait, concrètement (et ce qu’il ne fait pas)
Alors voilà, pour ceux qui aiment les listes :
- Il monte des cloisons, souvent avec des rails métalliques
- Il visse des plaques (BA13, BA15, hydrofuges, acoustiques…)
- Il pose des faux plafonds
- Il intègre des spots, des trappes, des gaines techniques
- Il joint, enduit, ponce…
- Il repart, souvent en laissant un nuage de poussière flottant dans la lumière
Mais !
Il ne fait pas forcément l’électricité. Ni la peinture. Ni la déco. Il prépare le terrain. Il rend l’espace propre, plat, droit, prêt. Comme une toile vierge.
Et ça, mine de rien, ça demande une rigueur d’orfèvre.
Une journée avec un plaquiste
On arrive tôt.
Très tôt. 7h, parfois 6h30, café brûlant dans une main, mètre dans l’autre.
On déballe les plaques. Elles sont grandes, lourdes, ça glisse, ça plie. Ça râpe les avant-bras.
Il y a ce son : le cutter qui entaille le plâtre, doucement, puis crac, le geste sec qui plie la plaque.
Un peu comme un origami de 30 kilos.
Puis viennent les rails. Les vis. Le niveau.
On aligne, on ajuste, on mesure (et on re-mesure). On rigole un peu aussi. Et parfois, on peste. Quand rien n’est droit. Quand tout est bancal. Quand le plafond penche comme une tour à Pise.
Vers 16h, on est en sueur, les bras flageolants. Mais le mur est là. Net.
Silencieux. Droit comme un I.
Matos de base : la boîte magique
Un plaquiste ne sort jamais sans :
- Un mètre, bien sûr
- Un niveau laser (pour les perfectionnistes)
- Une visseuse qui tient la route
- Des tréteaux, des rails, des montants
- Et toujours, des bandes à joint, de l’enduit, une bonne lame de 30 cm
Mais surtout, il a une vision.
Il sait déjà où sera la cloison. Où passeront les gaines. Il voit dans l’espace comme dans un jeu de construction.
Et ça, ce n’est pas dans la caisse à outils.
Formation ou pas formation ?
Bonne question.
On peut devenir plaquiste avec un CAP “plâtrier-plaquiste”, ou un Bac Pro aménagements et finitions. Mais on en croise aussi qui ont appris sur le tas. En suivant un oncle, un pote, un collègue.
L’école du chantier, comme on dit.
L’essentiel, c’est d’avoir :
- Un bon coup d’œil
- Des bras solides
- Et un certain amour du détail
Parce qu’un placo mal vissé, mal jointé, mal calé… ça se voit à travers la peinture. Et c’est la honte. Vraiment.
Ah, et le salaire ?
Ben, ça dépend.
En début de carrière, on tourne autour de 1 600 € à 1 800 € net par mois.
Avec l’expérience ? On peut aller plus haut.
Et si on se met à son compte, avec un bon réseau, un camion, et une visseuse qui tourne comme une horloge, on peut bien vivre.
Mais bon… faut pas avoir peur de transpirer. Ni de soulever 300 plaques dans la journée.
Tiens, ça me fait penser…
Il y a quelque chose de profondément poétique dans ce métier.
On efface, on redessine. On donne une forme concrète à une idée floue. Un peu comme quand on réorganise sa vie : on abat un mur, on recrée un passage, on laisse la lumière entrer.
Le plaquiste est ce passeur discret. Celui qui rend le changement possible, sans jamais trop se montrer.
Placo, plâtre… et poussière d’étoile
Sur les chantiers, on entend souvent ce bruit sec : clac clac clac, les vis qui rentrent dans la plaque. C’est presque un rythme. Une pulsation.
Et parfois, en fin de journée, quand le soleil tape à travers une fenêtre non posée, on voit la poussière de plâtre voler doucement dans l’air. Comme des flocons suspendus.
C’est là que le mur devient plus qu’un mur.
C’est une promesse. Un chez-soi en construction. Un espace à venir.

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