Il y a des détails qu’on ne voit pas.
Ou qu’on ne comprend pas.
Et pourtant, ce sont eux qui font toute la différence.
Le placo, par exemple. Ces grandes plaques, un peu rêches, qu’on soulève à deux, qu’on fixe, qu’on oublie ensuite sous la peinture.
On pourrait croire qu’on peut les poser à ras du sol, comme un meuble ou un tapis.
Mais non.
Grave erreur.
Il faut laisser un vide. Un petit espace.
Oui, oui, un vide volontaire, qu’on regarde de travers au début, mais qu’on bénit plus tard.
Et si vous vous demandez pourquoi… c’est que vous n’avez pas encore vu ce que ça donne quand on ne le fait pas.
Ce fameux “petit jour” entre le placo et le sol
Il mesure combien ? 1 cm ? 1,5 cm ?
Parfois 2. Pas plus.
On glisse une cale, une chute de bois, un morceau de carton plié… Peu importe, tant qu’on surélève la plaque avant de la fixer.
Ça ne se voit pas une fois les plinthes posées.
Mais ça change tout.
Ce centimètre d’air, là, discret… c’est un garde-fou.
Un petit écart qui évite de gros soucis.
Un peu comme laisser une fenêtre entrouverte quand il fait très chaud. On ne sait pas pourquoi, mais on respire mieux.
L’eau. Toujours elle.
Le problème, en fait, vient du bas.
Et souvent… de l’eau.
Pas l’eau qui coule à grands jets, non.
L’autre. Celle qui remonte doucement. Qui stagne. Qui s’insinue.
L’humidité. Sournoise. Persistante. Inodore parfois.
Mais mortelle pour le placo.
Car le placo, il boit.
Comme une éponge sèche.
Il aspire. Par capillarité. Par instinct même.
Alors si votre plaque touche le sol… et que ce sol est humide (même un peu, même rarement), elle va commencer à gonfler.
Puis à cloquer.
Puis à moisir.
Et là… ça devient franchement moche. Et surtout dangereux pour les murs, pour la santé, pour l’ambiance générale.
Et si le sol est sec ?
Bonne question.
Et c’est là que tout le monde se détend. À tort.
Même un sol sec aujourd’hui peut ne plus l’être demain.
Un dégât des eaux, une fuite sous la machine à laver, un oubli de joint dans la douche, une vieille remontée capillaire… ça va vite.
Et le placo, lui, n’attend pas. Il pompe.
Toujours.
Sans prévenir.
C’est comme laisser un livre sur un carrelage mouillé : au début, ça tient. Puis le papier gondole, la colle craque, et la couverture se détache.
Et dans le cas du placo ?
On arrache. On refait. On peste. On recommence.
Mais alors… pourquoi c’est pas conçu autrement ?
Parce que le placo n’est pas un matériau de sol.
C’est un matériau de paroi sèche. D’où le nom : plaque de plâtre à cloisons sèches.
Il aime l’air.
Il aime l’espace.
Il aime les endroits ventilés.
Le mettre en contact direct avec le sol, c’est comme mettre une nappe blanche sur une flaque de boue.
Ça n’a pas de sens.
Alors on surélève.
On le protège de ce que le sol pourrait devenir.
On anticipe.
On joue la sécurité.
Pas pour aujourd’hui, mais pour dans six mois, ou trois ans.
Les plinthes cachent la magie
Ce petit vide, vous ne le verrez plus.
Une fois les plinthes posées, tout disparaît.
Mais c’est là.
Et c’est bien que ce soit là.
Certains bricoleurs laissent même une fente d’aération tout le long, invisible sous la plinthe, pour que le mur “respire”.
Parce que oui, un mur a besoin d’air aussi.
Surtout les cloisons intérieures, les doublages collés, les gaines techniques…
On ne pose pas du placo comme un tableau sur un mur.
On lui laisse une marge de manœuvre.
Une échappatoire.
Et côté normes ? C’est quoi la règle ?
Pas de panique, on ne va pas vous noyer dans des articles de DTU poussiéreux.
Mais pour faire simple :
La norme DTU 25.41 (celle qui régit la pose des plaques de plâtre sur ossature) recommande clairement de laisser un espace de 10 mm entre le bas de la plaque et le sol fini.
Ce n’est pas une option.
C’est une consigne.
Et si vous passez par un artisan ?
Il doit le faire.
S’il ne le fait pas, il engage sa responsabilité.
Tiens, d’ailleurs, notez ça au passage : si votre placo touche le sol et se détériore… l’assurance peut refuser de prendre en charge.
Pas de vide = pas de garantie.
Ça fait réfléchir, non ?
Et avec un plancher chauffant ?
Alors là, c’est encore plus flagrant.
Imaginez : vous avez un beau sol, bien plat, tout neuf.
Avec un chauffage intégré dessous.
Si vous plaquez le placo à ras, il va cuire. Littéralement.
Pas au point de fumer, hein.
Mais la chaleur va remonter. Et provoquer des micro-déformations.
Le placo, lui, n’aime ni l’humidité… ni les variations de température brutales.
Et un chauffage au sol, c’est doux au pied, mais pas toujours stable.
Donc oui, là aussi : on laisse ce fameux petit jour.
Toujours.
Le cas des salles de bains
Ah, les pièces d’eau.
Le piège classique.
On croit bien faire. On pense : “Je vais tout plaquer bien bas, pour que ce soit bien hermétique.”
Sauf qu’on oublie que même carrelée, une salle de bain garde de l’humidité dans l’air. Et parfois… au sol.
Le placo hydrofuge (vert), plus résistant à l’humidité ?
Oui, mieux. Mais pas invincible.
S’il trempe, il gonfle.
S’il trempe souvent, il pourrit.
Et quand ça pourrit, ça sent. Pas bon.
Et alors, on fait comment concrètement ?
Facile.
Quand vous montez une cloison, vous glissez une cale sous votre plaque.
N’importe quoi de plat : chute de carrelage, vieux tasseau, bout de règle.
Vous vissez.
Puis vous retirez la cale.
Le vide reste. Et vous le bouchez plus tard avec une plinthe.
Pas besoin d’être architecte.
Juste d’avoir le réflexe.
Ce réflexe qui sauve vos murs, vos nerfs, vos samedis après-midi dans 2 ans.
Et s’il est déjà posé au sol ?
Là… on respire.
Tout n’est pas perdu.
S’il a été collé il y a peu, et que vous avez encore accès à la base des plaques :
– Coupez un léger trait à la scie oscillante, 1 cm au-dessus du sol.
– Retirez la languette basse (avec précaution).
– Ventilez derrière.
– Mettez une plinthe bien aérée.
Si c’est trop tard…
Il faudra surveiller.
Et prier que le sol reste sec.
Ce petit vide, c’est un peu comme une politesse
Ça ne se voit pas.
Mais ça change la suite.
Comme ouvrir une porte doucement au lieu de la claquer.
Ça dit :
“Je te respecte, mur.”
“Je t’anticipe, sol.”
“Je vous laisse de la place pour respirer.”
Et dans une maison, c’est précieux.
Alors oui, le placo ne doit jamais toucher le sol.
Ce n’est pas une question de règle.
C’est une question de bon sens.

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