Placo hydrofuge : quand il faut en mettre… et quand c’est du vent
Un mur qui boit l’eau comme un buvard. Une salle de bain qui suinte. Une cuisine qui vous regarde de travers dès qu’on parle de vapeur… Voilà le terrain de jeu du placo hydrofuge. Ce panneau à la teinte verdâtre (oui, c’est son uniforme) est censé résister à l’humidité. Pas la pluie battante hein, mais l’air moite, les projections, les petits accidents du quotidien.
Mais faut-il en coller partout ? Non. Et c’est bien là que les choses deviennent intéressantes…
D’abord, c’est quoi le placo hydrofuge ?
C’est une plaque de plâtre (comme le placo standard), mais boostée aux agents hydrofuges. Un peu comme un trench-coat en tissu traité, il laisse passer l’air, mais bloque l’eau.
On le reconnaît à sa couleur verte (pas une lubie déco, une vraie norme). À l’intérieur, les additifs réduisent son taux d’absorption d’eau. Il peut donc rester plus stoïque que son cousin beige dans une pièce où ça transpire fort.
Il est vendu sous plusieurs épaisseurs (souvent 13 mm), en BA13 ou BA15. Il se coupe, se visse, se ponce… comme un placo classique. Sauf qu’il coûte plus cher. Et c’est là qu’on commence à réfléchir : est-ce bien nécessaire ici ?
Dans quelles pièces le placo hydrofuge est obligatoire ?
Les pièces humides… mais pas toutes
Il y a des endroits où c’est non négociable. Des zones où l’humidité est constante, où les éclaboussures sont une habitude, où le carrelage s’ennuie tout seul sur du placo standard. On parle ici de :
- Salle de bain (ça semble évident, mais précisons…)
- Douche à l’italienne (attention, zone sensible !)
- Toilettes mal ventilées (les fameuses WC sans fenêtre…)
- Buanderie (là où sèche le linge qui fume encore)
La norme DTU est formelle
La norme DTU 25.41 (c’est un peu le code civil du plâtrier) stipule clairement que le placo hydrofuge est obligatoire dans les pièces classées « locaux EB+ privatifs ». Traduction ? Tous les endroits où l’air est moite plus de 2 heures par jour. Oui, ils ont compté.
Et dans les zones de projection directe (mur de douche, crédence derrière évier…), c’est encore plus strict : on pose du placo hydrofuge et un revêtement étanche (carrelage, résine, enduit spécifique).
Tiens, ça me fait penser à ce chantier dans un studio sous les toits. Le client avait collé du placo classique derrière sa douche. Résultat ? Cloques, moisissures, et une odeur de champignon pas très forestière… À refaire, il aurait mis du vert. Bref.
Et quand ça ne sert à rien du tout ?
Dans les pièces sèches (logique)
Le salon ? Le bureau ? Même une chambre d’enfant qui adore renverser son verre d’eau ? Aucun intérêt à y mettre du placo hydrofuge. Ce serait comme mettre un ciré pour aller au cinéma. Oui, c’est protecteur. Mais c’est ridicule.
Même chose pour les couloirs, entrée, escaliers intérieurs : si l’humidité n’y élit pas domicile, inutile de surprotéger. On n’est pas dans un hammam.
Dans les pièces humides bien ventilées
Une cuisine bien aérée, avec hotte performante et fenêtre généreuse, peut tout à fait vivre avec du placo classique. À condition de ne pas coller les plaques juste derrière l’évier sans les protéger.
Idem pour des toilettes ventilées correctement. Ce n’est pas parce qu’on y lit des magazines qu’il faut s’imaginer de la buée sur les murs.
Un conseil ? Fiez-vous à votre nez. Si une pièce sent souvent le linge mouillé ou le renfermé, là, on sort les plaques vertes. Sinon ? On garde son budget.
Placo hydrofuge : prix, pose, et petites galères
C’est plus cher. Pas exorbitant, mais tout de même
Comptez environ 20 à 30 % de plus que du placo standard. Ce n’est pas la fin du monde, mais sur un gros chantier, ça pique un peu. À vous de voir si l’usage justifie le coût.
La pose ? Identique… sauf au niveau des joints
Il faut utiliser un enduit et une bande adaptés. Sinon, le point faible reste le même : l’humidité s’infiltre par les raccords. Un placo hydrofuge mal jointé, c’est comme un parapluie troué.
Ah, et petit détail : le perçage est un peu plus délicat. Le cœur est plus dense. Donc on force un chouïa. Pas de panique, ça se fait bien.
Faux amis et idées reçues
“Placo hydrofuge = étanche” ? Faux
Il résiste à l’eau, il ne la bloque pas à 100 %. Ce n’est pas une membrane d’étanchéité. Dans une douche, on doit ajouter un SPEC (système de protection à l’eau sous carrelage). Sans ça ? Le mur finit trempé… même si la plaque est verte.
“On peut en mettre au plafond de la salle de bain ?” Oui !
Et c’est même recommandé. Surtout au-dessus de la douche. Mais attention au poids. Il faut renforcer la structure, sinon ça risque de faire un bruit de chute en pleine nuit. Et là, bon courage pour se rendormir…
“On en met partout pour être tranquille ?” Pas nécessaire
C’est un peu comme mettre du double vitrage dans un garage. On peut, mais pourquoi ? Le placo hydrofuge a un rôle précis : protéger contre une humidité excessive régulière. Pas contre une fuite exceptionnelle ou un pot de fleur renversé.
Et si on ne respecte pas les règles ?
Alors là… les assureurs rigolent moins. En cas de dégât des eaux ou de malfaçon, ils peuvent refuser de couvrir si le bon type de plaque n’a pas été utilisé. Et devinez quoi ? Ils vérifient. Surtout dans les salles de bain. La fameuse clause “mise en œuvre non conforme” fait mal. Très mal.
Petits bonus pratiques à connaître
- Couleur verte = hydrofuge, mais vérifiez bien les marquages (H1, H2… selon les fabricants).
- Hors gel : ne pas poser en extérieur ou en zone non chauffée (garage ouvert, abri…).
- Temps de séchage allongé pour les enduits spécifiques, patience requise.
- Recyclable, comme les autres plaques de plâtre : ça, c’est toujours bon à savoir.
En résumé… mais sans résumé
Ce n’est pas une conclusion, juste une image. Imaginez votre salle de bain comme une jungle miniature. Vapeur, chaleur, ruissellements… Mieux vaut équiper ses murs comme des explorateurs en K-Way. Mais inutile d’armer tout l’appartement contre la pluie si le ciel est bleu.
Le placo hydrofuge, c’est un outil. Pas une religion. À utiliser là où il faut, juste ce qu’il faut, ni plus ni moins. C’est ça, le vrai bon sens des bricoleurs malins.
🪶 Signé Rose Lama, rédactrice pour La Cavalcade. Formée à l’architecture et spécialisée dans les sujets liés à l’habitat, elle écrit depuis les chantiers, les ateliers, les maisons habitées. Chaque article naît d’un regard posé sur le réel — celui de l’Atelier Clarté, entre Paris et Houdan. En savoir plus sur Rose Lama.

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