On a tous eu cette tentation. Le mur est froid. Un peu sombre. Légèrement moucheté. Et on se dit : “Un bon placo collé, un coup d’enduit… et on n’en parle plus.” Franchement ? Mauvaise idée. Un mur humide, ce n’est pas un simple défaut esthétique. C’est un signal. Et coller une plaque de plâtre dessus, c’est comme poser un tapis sur une flaque. Ça cache. Mais ça ne règle rien.
L’humidité, c’est insidieux. Ça ne fait pas de bruit. Ça s’installe doucement. Odeur de cave, peinture qui cloque, salpêtre en petites fleurs blanches… Vous voyez l’image ? Le mur respire mal. Et le placo, lui, n’aime pas ça.
Coller du placo sur un mur humide : techniquement possible, mais…
Oui, techniquement, on peut coller du BA13 avec du mortier adhésif sur un support un peu humide. Les fabricants le tolèrent parfois, sous certaines conditions. Mais attention aux mots. “Un peu humide” ne veut pas dire mur détrempé. Il faut distinguer une légère condensation passagère d’une vraie remontée capillaire.
Parce que là, ce n’est plus la même histoire. Si l’humidité vient du sol, elle continuera sa route. Elle traversera la colle. Elle imbibera le plâtre. Et le plâtre, c’est une éponge compacte. Il absorbe. Il gonfle. Il se fragilise. Au début, tout semble correct. Puis, quelques mois plus tard… odeur étrange. Cloques. Taches grisâtres. Parfois même des moisissures.
Et soyons clairs : un mur humide enfermé derrière du placo, ça ne sèche plus. On bloque l’évaporation naturelle. On crée une petite chambre fermée. Tiède. Parfaite pour les champignons microscopiques. Pas très glamour.
Les risques réels : ce qui se passe derrière la plaque
Ce qui inquiète, ce n’est pas seulement l’esthétique. C’est la dégradation progressive. L’humidité constante altère la structure du plâtre. La plaque perd sa rigidité. Les vis rouillent si elles sont en contact indirect. Les joints se fissurent. Et parfois, la plaque se décolle partiellement. Ça sonne creux quand on tape dessus. Mauvais signe.
Il y a aussi la question sanitaire. Une moisissure cachée derrière un doublage, ça ne se voit pas immédiatement. Mais l’air ambiant peut devenir plus lourd. Plus irritant. Certaines personnes sensibles ressentent maux de tête, gêne respiratoire, fatigue inhabituelle. Rien de spectaculaire, mais une ambiance qui change.
Et puis, détail qu’on oublie souvent : la valeur du bien. Si un jour vous vendez, et qu’un diagnostic révèle une humidité masquée derrière un placo collé… la surprise peut être désagréable. Un mur qui semblait sain peut cacher un problème structurel.
Mur humide : comprendre l’origine avant d’agir
Avant même de parler pose de placo, il faut comprendre. D’où vient l’humidité ? Condensation ? Infiltration par la façade ? Fuite invisible ? Remontées capillaires ? Chaque cause a sa solution.
La condensation est souvent liée à une ventilation insuffisante. Salle de bain mal aérée. Cuisine sans hotte efficace. L’air chaud chargé d’eau se dépose sur les surfaces froides. Là, on peut agir sur l’aération, installer une VMC, améliorer l’isolation.
Les infiltrations, elles, viennent parfois d’une fissure en façade, d’un joint de fenêtre défaillant, d’une toiture fatiguée. Dans ce cas, coller du placo reviendrait à maquiller une fissure sur un pare-brise. Ça ne tient pas longtemps.
Les remontées capillaires, enfin, sont plus complexes. L’eau du sol remonte dans les murs anciens, surtout en pierre ou en brique pleine. Là, il faut un traitement spécifique : barrière étanche, injection de résine, drainage périphérique. Ce sont des travaux plus lourds, oui. Mais durables.
Existe-t-il une solution alternative au placo collé ?
Oui. Et elle change tout. Plutôt que de coller directement du placo sur mur humide, on peut créer un système désolidarisé. Une ossature métallique, posée à quelques centimètres du mur. Avec une lame d’air ventilée. Là, le mur continue de respirer. L’humidité peut s’évacuer progressivement.
On parle alors de doublage sur rails ou fourrures. C’est plus technique. Un peu plus long. Mais beaucoup plus sûr. On peut même intégrer un isolant adapté à l’humidité, comme un panneau spécifique résistant à l’eau.
Et si l’humidité est persistante, on choisit un placo hydrofuge (souvent vert). Il résiste mieux à l’humidité ponctuelle. Attention, cela ne transforme pas un mur trempé en mur sain. Ça limite simplement les dégâts en environnement humide contrôlé.
Les signes qui doivent vous alerter
Parfois, on hésite. “Ce n’est pas si humide…” Vraiment ? Observez bien. Des taches brunâtres ? Un plâtre friable en bas du mur ? Une peinture qui s’écaille en plaques fines ? Une odeur légèrement terreuse ? Ce sont des signaux.
Touchez le mur. Est-il froid même en été ? Présente-t-il une sensation de moiteur persistante ? Si oui, il vaut mieux suspendre le projet. Un test d’humidité avec un appareil spécifique peut donner une indication chiffrée. Ce n’est pas infaillible, mais ça aide.
Et parfois, un simple détail trahit le problème : une plinthe qui gondole légèrement. Un papier peint qui se décolle à la base. Ce sont des murmures du mur. Il faut les écouter.
Peut-on quand même poser du placo dans certains cas ?
Oui, mais après traitement. C’est la nuance essentielle. Si la cause de l’humidité est identifiée et corrigée, alors on peut envisager la pose. Le mur doit être sec, stable, sans infiltration active. On attend parfois plusieurs semaines après intervention pour vérifier.
Il est aussi possible d’appliquer un enduit spécifique anti-humidité avant la pose. Cela crée une barrière partielle. Mais là encore, ce n’est pas une solution miracle. C’est un complément, pas un substitut à un traitement de fond.
Dans certains bâtiments anciens, on accepte un léger taux d’humidité résiduelle. Dans ce cas, on privilégie une structure ventilée plutôt qu’un collage direct. On laisse le mur vivre, tout simplement.
En clair : coller du placo sur un mur humide, bonne ou mauvaise idée ?
Si l’humidité est active, persistante, structurelle : mauvaise idée. Vraiment. Vous risquez des dégâts invisibles, des moisissures cachées, et une dégradation rapide du placo. Si l’humidité est légère, ponctuelle, et déjà traitée à la source, alors la pose peut être envisagée, avec prudence.
Le vrai enjeu, ce n’est pas le placo. C’est le mur. Un mur humide, c’est un message. Il dit qu’il y a un déséquilibre. Le masquer, c’est retarder le problème. Le traiter, c’est repartir sur une base saine.
Et au fond, vous préférez quoi ? Une surface blanche impeccable… ou un mur qui respire et dure dans le temps ? Parfois, le bon choix n’est pas le plus rapide. Mais c’est celui qui évite les mauvaises surprises derrière la plaque.
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