Peut-on jeter la terre dans la poubelle?

On a un sac. Un vieux pot. De la terre noire, un peu humide, qui sent la forêt après la pluie. Et cette question qui revient, toute simple : peut-on jeter la terre dans la poubelle à Paris ? La réponse n’est pas écrite en gros sur le couvercle du bac vert. Il faut creuser un peu… justement.

La Ville de Paris est claire : “À Paris, tous les déchets se trient.” C’est posé. Net. Et chaque catégorie a sa place. Bac jaune pour les emballages. Bac blanc pour le verre. Borne marron pour les déchets alimentaires. Bac vert ou gris pour ce qui reste après tri. Mais la terre, elle, n’apparaît nulle part dans ces catégories classiques. Et ce silence dit déjà quelque chose.

Terre et bac vert ou gris : est-ce autorisé ?

Le bac vert ou gris, c’est le bac “résiduel”. Ce qui reste après tri. Donc, en théorie, une petite quantité de terre sèche pourrait y être déposée. Petite quantité. Bien emballée. Pas un sac de 30 kilos qui fait plier le fond du conteneur. Parce que la Ville insiste sur la sécurité des agents de collecte. Et un sac trop lourd, ça use les dos, ça bloque les chaînes de traitement, ça crée des incidents.

Il faut imaginer le trajet d’un sac poubelle. Compression. Transport. Incinération. La terre, elle, ne brûle pas. Elle reste, compacte, lourde. Elle augmente le volume de résidus après incinération. Donc oui, techniquement, un peu de terre peut finir dans le bac vert ou gris. Mais ce n’est pas la voie privilégiée. Pas à Paris.

Déchets verts : la vraie catégorie pour la terre de jardin

La Ville de Paris prévoit une filière pour les déchets végétaux. Feuilles, branchages, tontes… et terre issue du jardinage. Là, la règle change. Les déchets verts doivent être déposés en déchèterie. À Paris, seules certaines déchèteries acceptent les déchets végétaux, notamment Quai d’Issy (15e) et Porte des Lilas (20e).

C’est plus logique. La terre mélangée à des racines, à du compost, à des résidus organiques, peut être valorisée. Elle retrouve un cycle. Elle ne finit pas simplement brûlée. Et ça, ça change tout. On parle de valorisation matière, pas d’élimination brute.

Terre issue de travaux : attention, gravats

Si la terre provient d’un chantier, d’un perçage de mur, d’un mélange avec du plâtre ou du béton, elle entre dans la catégorie des gravats. Et les gravats, à Paris, sont des déchets inertes. Ils ne vont ni dans le bac vert, ni dans la borne marron, ni dans le bac jaune (évidemment). Ils doivent être déposés en déchèterie ou dans certains magasins de bricolage qui les acceptent.

La Ville précise même que pour les gros volumes, il faut faire appel à un professionnel. Parfois louer une benne. Oui, même pour de la terre mêlée à du plâtre. Parce que ces matériaux ne sont pas traités comme des déchets ménagers classiques.

Terre et borne marron : fausse bonne idée

La borne marron, à Paris, est dédiée aux déchets alimentaires. Épluchures. Restes de repas. Marc de café. Mais pas la terre seule. Même si elle contient un peu de compost. Même si elle sent bon le jardin. La borne marron a une filière spécifique de méthanisation ou de compostage industriel. Y jeter de la terre en quantité perturbe le processus.

C’est tentant, pourtant. On se dit que c’est organique. Naturel. Mais non. La consigne est stricte : déchets alimentaires uniquement.

Pourquoi Paris insiste autant sur le tri ?

La Ville avance des chiffres précis. Une tonne d’aluminium recyclée, c’est près de sept tonnes de CO2 évitées. Une tonne de plastique recyclée, c’est du pétrole brut non extrait. Ce ne sont pas des slogans. Ce sont des équivalents concrets. Des tonnes. Des volumes.

La logique est la même pour la terre. Même si elle n’est pas recyclable au sens industriel, son traitement a un coût. Logistique. Énergétique. Humain. Donc la bonne question n’est pas seulement “peut-on jeter la terre dans la poubelle ?” mais “est-ce la meilleure option ?”.

Les déchèteries parisiennes : la solution propre

Paris met à disposition 12 déchèteries gratuites pour ses habitants. Ouvertes presque tous les jours. On peut y déposer déchets verts, gravats, petits objets de jardinage. Même des pots de fleurs décoratifs. Même des tuyaux d’arrosage.

C’est plus simple qu’on ne le croit. Pas besoin de justificatif compliqué. Juste une preuve de domicile. Et on évite d’alourdir inutilement les bacs d’ordures ménagères.

Tiens, c’est presque apaisant d’imaginer que la terre retourne dans une filière adaptée, plutôt que de finir compressée avec des sacs plastiques et des emballages gras.

Cas particulier : grande quantité de terre

Un balcon vidé. Des jardinières entières. Là, on ne parle plus de poignée. On parle de dizaines de kilos. Dans ce cas, la poubelle classique est à éviter. Non seulement pour des raisons réglementaires, mais aussi pratiques. Les bacs ont une capacité limitée. Les agents doivent les manipuler manuellement.

Et il y a un autre point, plus discret : un bac trop lourd peut ne pas être collecté. La Ville de Paris le rappelle pour le bac jaune, mais le principe vaut ailleurs. Si le contenu n’est pas conforme, le bac peut rester sur le trottoir. Et là, on se retrouve avec un sac de terre sous la pluie.

En cas de doute : l’assistant tri de l’ADEME

Paris renvoie aussi vers l’assistant tri de l’ADEME. Un outil simple : on tape le nom du déchet, et on obtient la filière adaptée. C’est presque ludique. Mais surtout, ça évite les erreurs.

Parce qu’au fond, jeter la terre dans la poubelle à Paris n’est pas strictement interdit en petite quantité. Mais ce n’est pas encouragé. La priorité va à la déchèterie pour les déchets verts ou les gravats. Le bac vert ou gris reste la solution de dernier recours, pour de très petites quantités, bien conditionnées.

Et puis, il y a cette image un peu tenace : la terre est un matériau vivant. Elle nourrit. Elle absorbe. Elle respire. La voir finir incinérée, mélangée à des déchets ménagers, ça sonne un peu faux. À Paris, la règle est simple : chaque déchet a sa place. La terre aussi. Il suffit de choisir la bonne.

🪶 Signé Rose Lama, rédactrice pour La Cavalcade. Formée à l’architecture et spécialisée dans les sujets liés à l’habitat, elle écrit depuis les chantiers, les ateliers, les maisons habitées. Chaque article naît d’un regard posé sur le réel — celui de l’Atelier Clarté, entre Paris et Houdan. En savoir plus sur Rose Lama.


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