Le lexique de l’architecture et de la rénovation

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C’est fou comme certains mots changent tout. Un “châssis”, c’est pas juste une fenêtre. Un “linteau”, ce n’est pas un sort breton. Et un “joint creux”, ce n’est pas une insulte. Ce sont des petits mots, posés là comme des briques, qui font tenir tout un monde.

Tiens, ça me fait penser à ce vieux chantier à Belleville, où un artisan m’a sorti : « Ici, c’est un mur porteur, hein ! On rigole pas. » Je n’ai pas osé lui dire que je savais pas trop ce que ça voulait dire. Maintenant, je sais. Et vous aussi, bientôt.

Architecte, rénovation… par où commencer ?

Commençons par le commencement. Dans ce bazar joyeux de la rénovation, on croise des pros, des passionnés, des bricoleurs du dimanche… et chacun a son jargon. Pas toujours simple de suivre quand ça parle d’enduit projeté, de faîtage, ou de pare-vapeur. On dirait une autre langue. Un dialecte de chantier.

Alors, voilà : un lexique vivant, en mouvement, un peu sale, un peu poétique, jamais ennuyeux. Pas une liste à cocher, mais une promenade parmi les mots. Avec des outils, de la sueur, un peu de plâtre et parfois, des surprises.


Mur porteur

Il est là, il tient la maison.
C’est l’épine dorsale, le pilier, l’irremplaçable. On ne le casse pas comme ça, le mur porteur. Il supporte les planchers, les étages, la toiture parfois. Le démonter ? Pas sans un bureau d’études structure. Sinon, tout s’effondre. Littéralement.


Cloison

Un mur, mais pour faire joli.
C’est plus fin, plus léger. Un mur de séparation. Il ne tient rien, sauf votre intimité. Idéal pour séparer les WC d’une cuisine (on dit ça, on dit rien). En placo, en carreaux de plâtre, parfois en verre. Léger, mais pas futile.


Linteau

Un regard horizontal, au-dessus des ouvertures.
C’est une poutre discrète, au-dessus d’une porte ou d’une fenêtre. Elle évite que le mur au-dessus ne vous tombe sur le coin du front. Béton, métal, bois… on le voit rarement, mais il est là. Fidèle et silencieux.


Dalle

Pas celle du salon de jardin.
Non, ici, on parle de dalle béton, ce gros morceau qui sert de plancher. On la coule. Elle sèche. Elle devient une base. Si elle est mal faite, tout craque. Littéralement. Ah, le doux son du carrelage qui fait clic sous vos pieds…


Faîtage

Le sommet du toit. Le nez de la maison.
Là où les deux pans du toit se rejoignent. Une crête. Souvent couverte par une rangée de tuiles spéciales. Le genre d’endroit où s’accrochent les rêves (et parfois les fuites d’eau).


Chéneau

Gouttière avec diplôme.
C’est la version chic. Intégré à la toiture, souvent invisible depuis le sol. Il récupère l’eau de pluie. Et quand il est bouché… c’est la fête aux infiltrations. Feuilles mortes, nid de pigeons, parfois un vieux ballon.


Pare-vapeur

La barrière anti-haleine du mur.
Oui, c’est une membrane. Fine. Discrète. Mais capitale. Elle empêche l’humidité de l’intérieur d’aller se loger dans les isolants. Comme un K-Way entre votre salon et le froid. Invisible, mais vital (comme les chaussettes l’hiver).


Ragréage

Du béton qui fait dans la finesse.
C’est l’étape pour lisser un sol avant de poser un revêtement. On dirait de la pâte à crêpe, mais pour carrelage. Parfois, ça sent un peu le plâtre mouillé. On le verse, on l’étale, on attend. Et magie : sol lisse.


Soubassement

Ce qui reste quand on rase tout.
Le bas du mur, la base, les fondations visibles. Zone sensible, car souvent en contact avec l’humidité du sol. Un soubassement mal protégé, et c’est l’humidité qui grimpe. Comme une mauvaise nouvelle.


Enduit

La peau du mur.
Il lisse, il protège, il habille. Il peut être rugueux, lisse, à la chaux, au ciment… blanc, gris, beige ou même rosé, si on est joueur. Un enduit bien fait, c’est comme un maquillage naturel : on ne le remarque pas, mais sans lui, tout cloche.


Modénature

L’ornement qui dit “je suis chic”.
C’est subtil. C’est ce petit relief autour d’une porte, une moulure discrète, un encadrement travaillé. Comme la broderie sur une chemise blanche. Détail ? Oui. Mais quel détail.


Travée

Un rythme, une respiration dans la façade.
C’est l’espace entre deux colonnes, deux poteaux, deux fenêtres. Comme un battement de cœur dans l’architecture. Plus qu’un mot technique : une musique visuelle.


Plinthe

La frontière entre le mur et le sol.
Elle évite les coups d’aspirateur, les traces, les regrets. On l’oublie souvent. Jusqu’au jour où elle manque. Et là, soudain, le vide.


Solive

Le squelette du plancher.
Des poutres, parallèles, qui portent le plancher. On peut les entendre grincer la nuit (si elles sont en bois). Certaines ont 200 ans et tiennent encore debout. Respect.


Brisis et terrasson

Des mots de toits compliqués.
Brisis, c’est la partie raide. Terrasson, c’est la partie plate. Ensemble, ils font un toit à la Mansart. Typique des immeubles parisiens. Et des romans du XIXe.


Haussmannien

Pas juste un style. Un état d’esprit.
Les moulures, les parquets à bâtons rompus, les grandes hauteurs sous plafond… et les cheminées. Ce style traverse le temps. Même recouvert de lino, un haussmannien garde sa dignité.


Double flux

Un air qui respire avec vous.
Ventilation qui récupère la chaleur de l’air sortant pour réchauffer l’air entrant. Écolo, discret, efficace. Et surtout : fini l’air vicié du matin.


Reprise en sous-œuvre

Le genre de phrase qui fait suer un architecte.
Ça veut dire : on renforce ce qui est déjà là. On creuse sous un mur existant. C’est technique, long, parfois coûteux. Mais parfois, c’est ça ou tout s’écroule. Littéralement.


Programme, plan masse, PC

Un trio qu’on entend souvent.
Le programme, c’est le cahier des charges. Le plan masse, c’est la vue d’en haut. Le PC ? Le permis de construire. Pas un ordinateur. Et il met parfois 3 mois à arriver. Sauf quand il est refusé, bien sûr.


Et puis… il y a tous les autres

Des dizaines, des centaines de mots.
Des mots qui se chuchotent entre artisans, entre architectes, entre passionnés.

  • Purge, ce n’est pas une punition, mais le fait d’enlever les parties fragiles d’un mur avant de l’enduire.
  • Lambourde, c’est le petit bois qui soutient les lames d’un plancher.
  • Baie vitrée, ce n’est pas qu’une fenêtre XXL, c’est aussi un soleil qui entre.
  • Zinguerie, un mot de pluie et de métal.
  • CMU, non, ce n’est pas la sécu. C’est la cloison modulaire universelle.

Certains mots se perdent. D’autres reviennent. Et parfois, un chantier suffit à tous les réapprendre.

Baie

Pas celle de San Francisco.
Ici, une baie, c’est une ouverture. Une grande. Une très grande. Une baie vitrée, c’est la lumière qui entre à flots. Une baie libre, c’est un trou dans le mur (pas encore habillé). Et une baie fixe, c’est une vitre qui ne s’ouvre pas, mais qui change l’ambiance.


Jambage

Le bras du mur, en quelque sorte.
Ce sont les deux parties verticales qui encadrent une ouverture. Une porte, une cheminée, une fenêtre… On les oublie. Pourtant, ils dessinent les volumes. Ils sculptent l’espace. Comme les oreilles sur un visage : discrets, mais essentiels.


Contreventement

Pas glamour, mais costaud.
Un ensemble de pièces (souvent obliques) qui évitent qu’un bâtiment ne parte de travers sous l’effet du vent. Littéralement. Ça sert à rigidifier une structure. Sans lui ? Une maison peut se tordre. Oui, tordre. Comme un meuble Ikea mal vissé.


Chape

Le manteau du sol.
Elle recouvre la dalle. Elle sert de base pour le carrelage, le parquet, ou même pour rester nue, en béton ciré. Elle peut être fluide, sèche, allégée… Et elle doit être posée au millimètre. Sinon ? Ça penche. Et ça se sent.


Carottage

Forer, mais proprement.
C’est une découpe ronde, nette, dans un mur ou une dalle. Pour faire passer un tuyau, une gaine électrique, une évacuation. Le genre d’intervention qu’on entend à deux étages de là. Bruyant, précis, hypnotique.


Bardage

Le manteau extérieur.
Bois, zinc, ardoise, composite… le bardage protège les façades. Et les habille. Un peu comme un manteau imperméable et élégant. Vertical, horizontal, à claire-voie… il donne le ton, le style. Parfois brut, parfois sophistiqué. Toujours exposé.


Reprise de fissures

Ce moment où on dit : “bon, faut réparer…”
Les fissures, c’est la mémoire d’un bâtiment. Trop fines ? On les surveille. Trop larges ? On les traite. Injections, agrafes, résine… Chaque fissure a sa méthode. Et son histoire.


Étai

Le poteau temporaire, l’ami fidèle.
Quand on ouvre un mur porteur, on pose des étais. Comme une béquille de chantier. En métal, réglables, costauds. On dirait une armée silencieuse. Le jour où l’on démonte les étais ? Un frisson. Toujours.


Doublage

Le manteau intérieur.
Une couche d’isolant + une plaque (souvent de placo). Pour isoler un mur ancien, masquer les irrégularités, améliorer l’acoustique. Doublage collé, sur ossature, thermique ou phonique… c’est la seconde peau du mur.


Coupe-feu

On espère ne jamais devoir y penser.
Mais si le feu prend, elle est là. Une cloison, une porte, un isolant, qui ralentit la propagation des flammes. 30 minutes, 1 heure, 2 heures… Une sorte de “pause” dans l’incendie. Le temps de sortir. De sauver. De respirer.


Plafond à la française

Non, ce n’est pas une blague chauvine.
C’est un plafond ancien, avec poutres apparentes croisées (poutres principales + solives perpendiculaires). Typique des vieux appartements parisiens. Majestueux. Un peu grinçant parfois. Mais d’une élégance rare.


Trémie

Une ouverture qui fait un peu peur.
C’est le trou qu’on laisse dans un plancher pour y installer un escalier. Ou un ascenseur. Ou une verrière verticale. On y passe la tête, on regarde en bas… et on se dit : “pas intérêt à se louper”.


Acrotère

Le rebord du toit.
Souvent sur les toitures plates. C’est une petite surélévation qui permet de fixer un garde-corps, ou de retenir l’eau. Parfois décoratif. Parfois technique. Toujours sur le bord du vide.


Pont thermique

Là où le froid rentre, ni vu ni connu.
Une rupture dans l’isolation. Un angle mal traité, une dalle qui traverse sans protection… Et paf : une zone froide. Condensation, moisissures, factures salées. Le pont thermique, c’est la faille invisible. Jusqu’au jour où il est trop tard.


Béton ciré

Le béton devenu star d’Instagram.
Lisse, doux, minéral. Parfois gris clair, parfois terracotta. Il habille les sols, les murs, les plans de travail. Il peut coûter un bras, mais il a ce chic brut, presque sensuel. Et cette froideur au toucher, si reconnaissable.


Ossature bois

La charpente version green.
Des montants de bois, des panneaux isolants, un bardage… Et voilà une maison qui pousse comme un arbre. Léger, rapide à construire, éco-friendly (si bien conçu). Une maison ossature bois, c’est un projet dans l’air du temps. Mais pas que.


Séparatif (réseau)

Là, on parle d’égouts.
Dans un réseau séparatif, les eaux usées vont d’un côté, les eaux pluviales de l’autre. Mieux pour l’environnement, moins de risques de saturation. Dans un réseau unitaire, tout se mélange. Et quand il pleut fort… ça déborde.


Plafond technique

Un faux plafond, mais pas pour faire joli.
Il cache les câbles, les gaines de VMC, les tuyaux. Un peu comme un plafond secret, plein d’organes vitaux. On l’ouvre rarement. Mais quand on le fait ? C’est une jungle.


Lucarne

Petite, mais précieuse.
Une ouverture en saillie dans une toiture. Pas un velux, non. Une vraie petite fenêtre, avec du charme. Elle éclaire les combles, offre une vue inattendue. Et dessine la façade avec délicatesse.


Crépir

Enduire, mais avec un bruit sec.
On projette un enduit sur la façade. À la machine ou à la truelle. Résultat : un mur rugueux, minéral, parfois moucheté. Le crépi, c’est le pull en laine des maisons. Chaud, texturé, parfois un peu piquant.


Ce qu’on retient au fond

Les mots de l’architecture et de la rénovation, ce sont des mots de mains sales. De bottes dans la boue. De plans qu’on redessine. Ce sont des mots concrets, pas de grands discours. Mais ils ont du poids. Parce qu’ils nomment les choses. Et quand on nomme bien, on construit mieux.

Alors oui, ce lexique est un début. Une porte ouverte. À vous de la franchir. Et si vous hésitez ? Posez la question. Toujours. Parce qu’un mot mal compris peut coûter cher. Très cher.

Et puis… entre nous : c’est quand même plus classe de dire “linteau” que “truc au-dessus de la porte”, non ?

🪶 Signé Rose Lama, rédactrice pour La Cavalcade. Formée à l’architecture et spécialisée dans les sujets liés à l’habitat, elle écrit depuis les chantiers, les ateliers, les maisons habitées. Chaque article naît d’un regard posé sur le réel — celui de l’Atelier Clarté, entre Paris et Houdan. En savoir plus sur Rose Lama.